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Facebook like la censure.

[NB : L’image a depuis été rétablie, et Facebook s’est excusé d’avoir confondu la peinture de Richter avec une photo, qui “aurait justifié l’application des CGU”]

Je le dis souvent : Facebook a besoin d’obtenir la confiance des investisseurs. La société est prête à pas mal de choses pour cela. Mais qu’en est-il de la confiance de ceux qui utilisent la plateforme ?

C’est vrai pour Apple, ce sera vrai pour Windows 8 et ça a toujours existé : le puritanisme institutionnel aux Etats-Unis est de bon ton pour toute entreprise - surtout celles qui s’exportent. Il peut être mal compris de ce côté de l’Atlantique, mais on doit faire avec. Pourtant, il peut y avoir l’art et la manière de le faire.

Hier, le Centre Pompidou publiait une reproduction de l’œuvre de Gerhard Richter, Ema, en hommage à Duchamp où l’on voit une jeune femme nue, de face, descendre un escalier. Tentez de cliquer ici. La voyez-vous? Non ? C’est normal ! Facebook l’a tout simplement censurée !

Je ne vais pas m’étaler sur les signes, des centaines de fois débattus, de ce qui fait art ou non. Et au fond, ce n’est peut-être même pas cela qui est vraiment intéressant. De toute façon, L’Origine du monde a été censuré, Ema l’est aussi. Incroyable, ils récidivent.

Que l’on soit donc artiste, institution de renommée internationale ou activiste, pour Facebook, nous sommes tous des pornographes de bas étage quand nous cherchons simplement à transmettre à notre prochain un regard particulier sur le monde. Il n’est pas possible d’être discordant sur le corps sur ce réseau social - ou en tout cas en image. A-t-on peur que le choc d’un sexe vaille plus que le poids des mots révolutionnaires du printemps dernier ? Perturbe-t-on la société, l’ordre établi ? Et quand bien même, quel rôle doit-on donner à l’art si on lui retire cette possibilité ?

Quand on sait que ce sont les images qui ont le plus d’importance et de poids marketing sur Facebook, on comprend qu’une attention toute particulière leur soit portée. Mais, justement : pourquoi Facebook n’est-il pas capable de distinguer une œuvre qui somme toute est assez peu révolutionnaire socialement parlant ? Plutôt qu’une suppression sauvage, il aurait été bon de regarder les commentaires laissés sous l’œuvre pour s’apercevoir que ceux-ci ne relevaient même pas du potache qu’on eût pu redouter. Facebook n’a véritablement pour vocation que d’être une régie publicitaire, ou les idées n’ont droit de cité que si elles sont celles communément véhiculées.

Alors, en tant que gestionnaire d’une communauté d’institution artistique, comment puis-je faire confiance à Facebook ? L’art que je dois relayer sur la page du réseau social doit-il être le vecteur de la bien-pensance d’une société puritaine ? Dois-je me faire commissaire d’une exposition d’art officiel, validé par le dogme puritain américain ?

 
  1. jlcougy a reblogué ce billet depuis lesnotesdeveculture
  2. lesnotesdeveculture a publié ce billet